Aviation et Déconfinement

Alors que la moitié de la Planète était en état de confinement à cause d’un virus, les riverains d’aéroports sont, eux, grâce à ce même virus, DEconfinés ! Ils peuvent à nouveau ouvrir leurs fenêtres et profiter d’être à l’extérieur sans être agressés ni par le bruit continuel et intense du trafic aérien, ni par les odeurs résiduelles de kérosène. Leur confinement de 365 jours par an, au programme depuis une bonne dizaine d’années, est en mode « pause ».

Au-delà de l’énorme bonus santé induit par un sommeil de qualité – répondant enfin aux 8 heures minimum préconisées par l’OMS - et par une qualité de l’air grandement améliorée, le bonus environnemental autour des aéroports est, lui aussi, indéniable. Pour ne parler modestement que de Vernier, des oiseaux qui avaient déserté le couloir aéroportuaire depuis plusieurs années sont rapidement revenus et égayent de leurs chants chaque tranche de jour ; des biches ont été vues à proximité du village, dans l’axe de la piste de l’aéroport, nullement effrayées par les promeneurs, nombreux dans le secteur à profiter du calme enfin retrouvé ; les abeilles, cette année, produiront un miel certifié BIO; cela fait des années, d’ailleurs, qu’il n’avait plus été possible d’entendre d’insectes, tant il leur aurait fallu un porte-voix pour manifester leur existence. Le retour de la Nature et de ses manifestations sonores à hauteur humaine, l’ancrage humain dans un territoire qu’elles favorisent ainsi, est un garant de santé physique et mentale. Contrairement au dicton bien connu, la santé A un prix, comme nous sommes en train de le vérifier.

Les piètres conditions de vie habituelles des riverains d’aéroports ne sont que le reflet particulier d’un phénomène général, illustré à large spectre par la pandémie qui nous préoccupe aujourd’hui, et qui a été rendue possible par la doctrine économique du « toujours plus » : toujours plus loin, toujours plus souvent, toujours plus de profits immédiats, sans égard pour autre chose que l’Economie et ceci sans garde-fous. Et le monde de l’aviation a indéniablement sa part de responsabilité à assumer à cet égard.

Il est temps de tirer les leçons offertes par le Covid-19 et de transformer le modèle économique qui a prévalu ces dernières années, soit le sacrifice des Hommes et de l’Environnement sur l’autel du toujours plus, en quelque chose de positif et de plus raisonnable sur le long terme. Il est temps de poser les bases d’un développement durable, protégeant à parts égales l’Humain, la Nature et l’Economie. C’est à ce juste prix qu’Humains et Nature pourront conserver la santé et que l’Economie évitera une autre crise majeure.

Les riverains d’aéroports seront parmi les premiers à applaudir le changement de paradigme.

Anne-Lise Robert-Nicoud, riveraine de l'aéroport de Genève

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